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vendredi 1 février 2019

Coupe de l’America. Philippe Presti : « Retour vers le futur »


Il a été un des maillons de la folle remontée des Américains lors de la Coupe de l’America en 2013 à San Francisco (menés 8-1 par les Néo-Zélandais, ils avaient gagné 9-8). L’Arcachonnais Philippe Presti, désormais manager, repart sur une sixième Cup. Avec Jimmy Spithill et les Italiens de Luna Rossa avec lesquels il avait déjà participé en 2007 à Valence en tant que barreur : « Retour vers le futur »… 


Vous repartez sur une sixième Coupe de l’America ?
J’ai effectivement à cœur de recommencer une aventure sur la Coupe. D’autant plus que les bateaux qui sont proposés sont différents mais toujours dans la même veine avec un objectif de les faire voler avec des vitesses attendues importantes, qui rendent les bateaux excitants. Avec des monocoques, ça va être un tout autre challenge à faire naviguer des bateaux comme ceux-là avec un design particulier. J’ai vraiment à cœur de participer à une telle aventure, structurée.

Vous serez aux côtés des Italiens de Luna Rossa ?
Oui, j’ai donc re-signé avec l’équipe italienne. C’est l’équipe avec laquelle j’étais lors de la campagne 2007 à Valence. Je barrais avec Jimmy Spithill. On était deux barreurs. C’est une famille que je connais bien et je suis ravi de revenir là.

Vous êtes également sur le circuit Sail GP avec l’équipe australienne…
En effet. En même temps, Larry Ellison et Russel Coutts ont continué à développer le concept du circuit mondial avec des bateaux identiques, des courses en flotte (circuit Sail GP). Un truc type Formule 1 autour du monde, avec le même type de bateaux qu’on avait aux Bermudes. J’ai ces deux aventures qui vont fonctionner en parallèle mais, à un moment, il faudra choisir parce que je ne pourrai pas faire les deux. Le plan, c’est de continuer après sur la Coupe, j’ai signé un contrat jusqu’à l’année prochaine.

Comment gère-t-on les deux projets en même temps justement ?
Pour l’instant, on n’a pas de bateau avec Luna Rossa. Ça va arriver, a priori, dans l’été. Donc, toute la préparation des Sail GP, j’ai déjà fait 15 jours avec les Australiens en Nouvelle-Zélande. On a encore un stage de 15 jours à partir de la semaine prochaine avant la première épreuve (ndlr : les 15 et 16 février à Sydney). L’impact en niveau de temps de ce circuit, c’est court. L’idée est de limiter les coûts en limitant les périodes d’entraînement. La régate durera deux jours avec quatre jours de préparation. Ce ne sera donc pas colossal dans mon planning en termes de temps. C’est super bien pour Luna Rossa que je sois sur ce circuit-là. Toutes les courses vont être dirigées par les mêmes jurys. Pour moi, ça va être très utile.

Quel est votre rôle dans ces deux aventures ?
Par rapport aux Australiens, je suis le coach. Ce sont les mêmes navigants que lors de la campagne précédente sur la course, les mêmes techniciens… on se connaît déjà. J’aurais en charge la préparation, la tactique, la stratégie, du management d’équipe. Et sur Luna Rossa, c’est déjà une équipe qui est en marche. Je suis arrivé un peu plus tard. Il y a une réelle volonté de formation de jeunes Italiens. Ils ont fait des tests. Il y a un gros potentiel d’apprentissage chez les navigants, mais aussi chez les intervenants. Je forme deux coachs-assistants qui sont avec moi. J’essaie de leur donner tout mon savoir-faire. Pour le moment, ça a un côté « formation ». On a fait tout le circuit de TP52. Et je m’occupe aussi du développement du simulateur. On ne navigue pas en mer mais à terre pour le moment. En virtuel. Je fais aussi le lien entre les navigants et le design team.

Pourquoi n’êtes-vous pas reparti avec les Américains ?
Oracle a arrêté. Toute l’équipe américaine s’est retrouvée sur le marché et est désormais un peu partout. Et la nouvelle équipe est la base de Quantum. C’est une autre famille. Ils ont récupéré quelques navigants et techniciens. Le skipper, c’est Terry Hutchinson qui s’est organisé son équipe.

Du coup, vous avez enchaîné avec Jimmy Spithill ?
Oui, on travaille bien ensemble. C’est un peu un retour vers le futur. On était ensemble avec Luna Rossa et on a bien envie de recommencer quelque chose de bien. C’est vraiment rigolo.

Quel est votre regard sur les futurs bateaux ?
On va voir ce que ça va donner. Ça va être une réelle découverte. C’est très excitant. Je navigue pas mal en moth à foil et tous ces bateaux qui volent utilisent le même type de phénomènes. Tu retrouves les mêmes comportements, les mêmes réflexes. Et, plus les bateaux sont petits, plus tu développes des sensations, du feeling. Tu peux vraiment le réinvestir dans du plus gros. Ces bateaux sont de la même famille.
Chaque fois que tu expérimentes un cata qui vole ou un moth, ça a de l’utilité. Sur le projet Luna Rossa, les futurs monocoques utilisent encore plus les mêmes technologies que le moth. C’est vraiment le moth à l’échelle 100 (rires). Même type de foils, il y a un seul foil en T, comme sur le safran… C’est le même concept. Dans le plan de formation, on le fait découvrir à ces jeunes. On va faire des stages.

Ces nouveaux concepts sont-ils une bonne chose ?
Ce sera très différent de ce qu’on a pu voir jusque-là. Quand on faisait les versions 5 du multicoque, la plupart des anciens disaient que ce n’étaient pas du bateau. Ils ne se sont pas investis. C’était repartir d’une feuille blanche. Et je ressens les mêmes choses maintenant. On a développé un concept qui marche super avec les catas qui volent. Et le nouveau concept va être très différent et il va falloir s’y adapter. Je suis persuadé qu’il y a du potentiel pour le futur mais on ne le saura qu’une fois qu’on y sera.

© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/voile/coupe-de-l-america-presti-retour-vers-le-futur-30-01-2019-12196409.php#T9JhUEfHotCzqmq4.99

Philippe Presti va repartir sur une sixième campagne de Coupe de l’America

PAR MARTIN COUTURIÉ




Comme il le raconte ce matin dans une interview au Télégramme, Philippe Presti va repartir sur une sixième campagne de Coupe de l’America. L’Arcachonnais, qui avait participé à la fabuleuse remontée des Américains contre les Néo-Zélandais en 2013 à San Francisco (menés 8-1, ils s’étaient finalement imposés 9-8) a signé en tant que manager avec l’équipe italienne de Luna Rossa dont il avait fait partie en 2007 à Valence. Il y retrouvera notamment Jimmy Spithill pour l’édition 2021 prévue en Nouvelle Zélande. « J’ai à cœur de recommencer une aventure sur la Coupe. D’autant plus que les bateaux qui sont proposés sont différents mais toujours dans la même veine avec un objectif de les faire voler avec des vitesses attendues importantes, qui rendent les bateaux excitants. Avec des monocoques, ça va être un tout autre challenge à faire naviguer des bateaux comme ceux-là avec un design particulier. J’ai vraiment à cœur de participer à une telle aventure, structurée », affirme-t-il.
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Coupe de l'America : Philippe Presti coach et formateur de Luna Rossa pour 2021

Vainqueur de la Coupe de l'America avec l'américain Oracle en 2013, le Français rejoint le team italien pour l'édition 2021.

Voile - Coupe de l'America - Philippe Presti chez lui sur la côte basque. (R. Perrocheau/L'Équipe)
Philippe Presti chez lui sur la côte basque. (R. Perrocheau/L'Équipe)
À 53 ans, Philippe Presti repart pour un tour sur la Coupe de l'America. Le Français a rejoint les rangs du syndicat italien Luna Rossa où il retrouve Jimmy Spithill avec lequel il a gagné la 34e édition de la Cup, en 2013 à San Francisco au terme d'un des plus incroyables come-back de l'histoire du sport : menés 8-1 par les Néo-Zélandais et donc à un point de la défaite, les Américains d'Oracle avaient effectué une remontée insensée pour l'emporter 9-8. Presti était alors l'entraîneur d'Oracle Team USA.
Pour l'édition 2021 en Nouvelle-Zélande, le Français aura un rôle de coach et de formateur au sein de Luna Rossa, équipe qu'il a déjà fréquentée sur la Cup en 2007 en tant que tacticien et second barreur derrière Jimmy Spithill. Par ailleurs cette année, Philippe Presti participera au nouveau circuit Sail GP avec l'équipe australienne, en tant que coach. La première étape de ce nouveau circuit, qui se veut un vivier de la Coupe de l'America, aura lieu les 15 et 16 février à Sydney. Le team français est mené par le duo Billy Besson et Marie Riou, quadruples champions du monde de Nacra 17 (voile olympique)
Ak.C.

jeudi 26 janvier 2017

America's Cup - Tech Tuesday - Philippe Presti on being a super-coach



Oracle Team USA USA skipper Jimmy Spithill and coach Philippe Presti have a relationship that dates back to when both were competing on the match racing circuit in the early 2000s.

During the Valencia America’s Cup from 2004-2007, both were with Luna Rossa for that campaign and a bond was forged that endures to this day.

Presti – an Olympian and world class match racer in his own right – is the sailing team coach, but certainly his role is much deeper than that. He is responsible for guiding the team’s on the water activities, and helping the performance group – sailors, designers, builders – arrive at breakthroughs to improve performance.


“My role is to ask questions,” Presti says. “If I’m answering questions, something is wrong! I make sure everyone is trying to solve the problem.


“It’s like breaking a code. These guys are inventing new ways of sailing. Last year we couldn’t foil-gybe and today we’re doing foiling tacks. They’re creating the future of sailing.


“He’s really our eyes off the boat,” says skipper Jimmy Spithill. “He gives us feedback right away, whether it’s a practice race or a line-up, he tells us what he’s seen and it’s difficult on the boat to get that picture.


“I think he’s so good because of how he comes across. The guys really listen to him.”


Presti gathers all of the data off the boat, including video and physiological data from the sailors, and organizes it for the debrief sessions. He says the goal is to find improvements as small as one meter at a time.


“We want to improve. We want to find the extra meter that could make the difference at the end,” he says. “The goal is just to find that meter. It could be a technical change, it could be how we manage the boat... We find a solution and we try it and the next day we try to nail that one and then we try to find another meter.


“This game is so interesting because it’s unpredictable. Someone comes with another solution – better or worse – but it’s so motivating because every day you discover something new.”

The big breakthroughs, he says, often come during race periods, whether at the Louis Vuitton America’s Cup World Series or in training against another team.


“That’s the beauty of sport,” says Presti. “If you just practice by yourself you will have your limit and eventually you will challenge your limit a little bit, but when you face adversity, and the best adversity is the opposition, they will push you harder. There is nothing better than competition.”


He says the challenges presented by foiling at speeds approaching 50mph are something he never thought he’d need to deal with as a sailor.


“These boats are something different. The speed they produce is very stimulating and exciting because you face other problems you never imagined. All of a sudden you are taking off and there’s another dimension. Sometimes I wonder where we will end up!”http://www.sail-world.com/USA/Americas-Cup---Tech-Tuesday---Philippe-Presti-on-being-a-super-coach/151292

America's Cup - Tech Tuesday - Philippe Presti on being a super-coach

http://www.sail-world.com/USA/Americas-Cup---Tech-Tuesday---Philippe-Presti-on-being-a-super-coach/151292Oracle Team USA USA skipper Jimmy Spithill and coach Philippe Presti have a relationship that dates back to when both were competing on the match racing circuit in the early 2000s.

During the Valencia America’s Cup from 2004-2007, both were with Luna Rossa for that campaign and a bond was forged that endures to this day.

Presti – an Olympian and world class match racer in his own right – is the sailing team coach, but certainly his role is much deeper than that. He is responsible for guiding the team’s on the water activities, and helping the performance group – sailors, designers, builders – arrive at breakthroughs to improve performance.


“My role is to ask questions,” Presti says. “If I’m answering questions, something is wrong! I make sure everyone is trying to solve the problem.


“It’s like breaking a code. These guys are inventing new ways of sailing. Last year we couldn’t foil-gybe and today we’re doing foiling tacks. They’re creating the future of sailing.


“He’s really our eyes off the boat,” says skipper Jimmy Spithill. “He gives us feedback right away, whether it’s a practice race or a line-up, he tells us what he’s seen and it’s difficult on the boat to get that picture.


“I think he’s so good because of how he comes across. The guys really listen to him.”


Presti gathers all of the data off the boat, including video and physiological data from the sailors, and organizes it for the debrief sessions. He says the goal is to find improvements as small as one meter at a time.


“We want to improve. We want to find the extra meter that could make the difference at the end,” he says. “The goal is just to find that meter. It could be a technical change, it could be how we manage the boat... We find a solution and we try it and the next day we try to nail that one and then we try to find another meter.


“This game is so interesting because it’s unpredictable. Someone comes with another solution – better or worse – but it’s so motivating because every day you discover something new.”

The big breakthroughs, he says, often come during race periods, whether at the Louis Vuitton America’s Cup World Series or in training against another team.


“That’s the beauty of sport,” says Presti. “If you just practice by yourself you will have your limit and eventually you will challenge your limit a little bit, but when you face adversity, and the best adversity is the opposition, they will push you harder. There is nothing better than competition.”


He says the challenges presented by foiling at speeds approaching 50mph are something he never thought he’d need to deal with as a sailor.


“These boats are something different. The speed they produce is very stimulating and exciting because you face other problems you never imagined. All of a sudden you are taking off and there’s another dimension. Sometimes I wonder where we will end up!”

vendredi 6 mai 2016

Philippe Priser LE TELEGRAMME

Philippe Priser LE TELEGRAMME

Après une belle carrière de régatier, Philippe Presti est aujourd'hui un coach très demandé. Le marin originaire d'Arcachon, artisan de l'incroyable victoire de Team Oracle dans la Coupe de l'America 2013, est reparti pour une nouvelle campagne avec les Américains. Avant la deuxième étape des America's World Series à New York, nous l'avons longuement questionné.


- Comment un Français fait-il pour devenir le coach d'une équipe américaine sur la Coupe de l'America ?
 
A la base, je suis professeur d'EPS, j'ai fait des études à l'Insep. Avant de devenir athlète, j'ai un passé de formateur. J'ai fait une carrière en voile olympique avec deux sélections pour les Jeux Olympiques, avec deux titres de champion du monde de Finn. J'ai également fait du Star, du Soling, du match-racing, du Laser. J'ai touché à tout, car j'ai toujours été très intéressé par ce qui est nouveau et différent. Après les JO de Sydney, je faisais du Soling et j'étais très orienté match-racing. Tout cela m'a emmené à la barre du bateau du Défi Français "Areva" en 2003 à Auckland. Voilà comment je suis entré dans la Coupe de l'America. Ce fut une grande découverte, un sport d'équipe avec du développement. A l'époque, on était loin du compte côté français, on avait une équipe jeune, c'était la découverte. A l'issue de cette première expérience-là, j'ai été recruté par un top team, Luna Rossa Challenge, sponsorisé par Prada. J'étais barreur et tacticien sur le deuxième bateau. J'ai disputé quelques régates de la Coupe à la stratégie, Jimmy Spithill était à la barre de l'autre bateau. A Valence, on a disputé une finale de la Coupe Louis-Vuitton contre les Kiwis. L'idée du coaching a commencé à germer à cette époque-là. J'ai signé comme deuxième barreur et mon objectif était de faire progresser l'équipe, d'apporter le plus d'informations. J'ai donc pris en charge la cellule de décision. Dans un premier temps, on a beaucoup travaillé les phases de départ avec Jimmy. C'était un peu nouveau à ce moment-là. J'ai aussi pris en charge la cellule de décision qui comprenait, à l'époque, la météo, la stratégie, la tactique et le poste de barreur. J'étais toujours athlète, je barrais toujours (3e des championnats du monde de match-racing), j'étais toujours dans le coup. Aujourd'hui, ce ne serait plus vraiment le cas (rires). A l'issue de cette expérience-là, Jimmy Spithil m'a demandé de le rejoindre chez Oracle, avec ce challenge un peu bizarre sur ce gros bateau, ce multicoque. J'ai essayé d'animer la cellule "décision" chez Oracle. Il y a eu une victoire à la clé. A l'issue de cette victoire, Oracle m'a demandé de les rejoindre en tant que coach. Là, j'ai eu des possibilité élargies sur l'ensemble du groupe. Avec la victoire en 2013 à San Francisco, et une confiance renouvelée pour cette campagne 2017. Dans la période San Francisco, j'ai fait évoluer ma palette et ma zone d'influence. Je suis maintenant également impliqué dans les relations entre le design team et le sailing team. J'anime les défriefings "performances". Mon objectif, c'est la résolution des problèmes techniques et des problèmes humains.
 
 
- Dans une ITV parue dans Sud-Ouest en 2013, vous racontez en détail ce stage commando, avec "des heures passées dans la flotte et le froid pour faire des travaux complètement inutiles, sous la pression de deux soldats des commandos de marines américains". C'est ainsi que vous sélectionnez les équipiers chez Oracle ?
 
Pas du tout. On sélectionne les meilleurs marins et surtout les gens qui ont le potentiel pour apporter de la plus-value. Cette expérience commando s'explique par le fait que les autres équipes avaient une épreuve qui était la Coupe Louis-Vuitton, on pensait que ça allait les aider à se préparer, à rentrer en mode compétition. Nous, nous n'avions pas cela, notre deuxième bateau avait été arrêté assez longtemps à cause d'un dessalage, donc on était pas mal limité en termes de compétition. Donc, l'idée était de sortir les gens de leur zone de confort parce que la compétition te propose des situations auxquelles tu n'as pas eu accès et ça a tendance à te faire déjouer. On voulait leur montrer jusqu'où ils pouvaient aller. C'était très intéressant en termes de stress. C'était physique, déstabilisant mentalement, cela nous a appris plein de choses. Derrière, on a débriefé pour comprendre. Je ne sais pas si ça aide pour gagner une épreuve mais ça a soudé des liens, des leaders se sont révélés, d'autres leaders n'ont pas été au niveau.
 
 
- Revenons sur la dernière édition : qu'avez-vous dit à votre équipage lorsqu'il était mené 8 à 0 ?
 
Étonnamment, on était déjà sur la pente ascendante parce qu'on était parti avec un déficit de deux points. On avait enfreint le règlement sur une épreuve de la Coupe. Le moment clé, c'était à 6 à -1. Dès qu'on a fait la première manche, on a vu qu'on avait un gros problème. Il fallait poser le problème, juste après les régates. J'avais quatre ou cinq écrans de télévision reliés à un ordinateur, avec tous les éléments vidéos, toutes les données possibles de notre bateau et de l'adversaire. Là, on débriefe tout. On observe, on fait un état des lieux qui amène des interrogations et des process d'ajustement. Dès la première manche, on avait des plans, on a construit un plan de réaction au problème. C'est ce qui nous a permis de résoudre un certain nombre d'énigmes. On a cassé le code pour apprendre à voler au près notamment, pour apprendre à virer avec la coque au vent qui est très haute et qui permet de limiter les traînées. D'un point de vue technique, c'était très efficace et d'un point de vue mental, c'était aussi extrêmement efficace. On n'était pas en train de se dire "zut, on va perdre la Coupe, qu'est-ce qu'on va penser de moi, il faut que je réponde aux médias, etc". On était dans un mode de résolution des problèmes et on avait huit manches pour atteindre cet objectif. On a gagné une manche au début, puis on s'est fait rattraper sur plein de manches où nous étions en tête. A partir du 6 à -1, les quatre manches suivantes, on en gagne deux, ils en gagnent deux. Là, on avait trouvé les clés de la vitesse du bateau, on était à égalité de performances avec Team New Zealand et il suffisait de prendre les bonnes décisions alors qu'au départ, on allait moins vite qu'eux. 
 
- Vous étiez au bord du précipice à un moment, non ?
 
Oui, on s'est posé plein de questions, on se demandait si on allait y arriver dans les temps. A 8 à 0, on est au bord du précipice mais, on avait les moyens techniques de gagner, on a développé le bateau dans un sens, on a copié, on a adapté, on a créé notre propre modèle pour aller de plus en plus vite. A la limite, 8 à 0, c'était plus simple! A 6 à -1, on a eu un vendredi 13, où on a tout mis sur la table : on voulait changer les foils, reculer le mât de 1 mètre pour modifier l'équilibre du bateau, on n'était même pas sûr de pouvoir naviguer le lendemain... Ça partait un peu dans tous les sens. Mon discours fut le suivant : "On n'est pas bien mais on progresse, on va gagner des manches". C'était clair, je ne savais pas qu'on allait gagner la Cup mais je savais que, pour des raisons techniques, on allait réussir à faire mieux certaines choses. En même temps, il y avait un changement de marée. On avait eu une marée qui venait du pont avec le courant dans le nez, au près, ce qui aplatissait vraiment la mer et le courant qui nous poussaient au portant. Au portant, on était à l'aise mais, au près, on avait beaucoup de mal donc ça allait s'arranger. En plus, lorsque le courant descend, il y avait plus de vagues et j'étais persuadé que le bateau des Néo-Zélandais était moins stable dans les vagues. J'avais aussi des éléments humains que je garderai pour moi.
 
- Au cours des huit manches remportées par Team New Zealand, les Kiwis semblaient intouchables. Puis, d'un seul coup, le vent a tourné, Oracle a commencé à aller plus vite, à mieux "voler". Ce n'est pas que dans les têtes que ça se passe. Techniquement, qu'avez-vous changé sur votre bateau ?
 
Si, c'est dans la tête que ça se passe. La tête suit les jambes. Si on a un bon processus de résolution de problèmes, ça créé une dynamique très positive. Cela ne veut pas dire qu'on est sûr d'y arriver mais on est sur la brèche, ça cogite autour du nous, on a un plan. A 6 à -1, techniquement, on était parti pour tout changer et, le soir, on n'a rien changé. Mon credo était le suivant : "On a ce qu'il faut, il faut juste l'utiliser mieux". Le seul truc qu'on a changé, c'est une alarme sur l'aile. On a coupé l'alarme car, au près, on atteignait des charges de rupture. On a changé notre profil d'aile, c'était plus risqué mais ça équilibrait mieux notre bateau. On a pris un risque mais le bateau a pu commencer à voler avec une meilleure stabilité. On a aussi évolué en observant l'adversaire. Ce que je trouve géniale dans la compétition, c'est la capacité du dépassement. Les Kiwis écrasaient la concurrence, ils se baladaient. Sans eux, on ne serait jamais arrivé à voler au près notamment.
 
 
- Vu de France, Oracle Team, c'est Larry Ellison avec es moyens illimités. Est-ce réellement le cas ou comptez-vous chaque dollar ?
 
Bien sûr qu'on compte. On a un budget qui a été voté en début de campagne et il y a des choix à faire. Chaque fois que j'ai besoin de quelque chose, je fais une demande et cette demande est discutée. On est sur un fonctionnement d'entreprise avec des budgets limités. D'ailleurs, l'évolution de la Cup, qui a été poussée par Larry Ellison, c'est-à-dire passer de 72 à 62, puis à 50 pieds sur des bateaux One Design, oui, l'idée est de limiter les coûts.
 
- Des AC45, des AC45 Turbo et enfin des AC50. Ça n'aurait pas été plus simple et moins coûteux de disputer la Coupe avec les AC45 ?
 
Honnêtement, les performances d'un AC45 sont super limitées. Ils ont été développés pour apprendre à manier l'aile et ensuite pour faire les World Series avec des bateaux que l'on peut trimbaler à gauche et à droite, mais l'essence même de la Cup force à pousser vers les limites architecturales, les limites techniques et les limites humaines. Si on fait la Cup en Laser, bon... J'aime bien le Laser mais il va manquer un truc. Il faut du design, des bateaux qui vont aux limites.
 
- Un mot sur les Italiens qui ont dû se retirer après le changement de format ?
 
Ce n'est pas facile, c'est compliqué, je n'ai pas tous les éléments. C'est décevant pour eux, comme pour nous, pour le monde de la voile. C'était ma famille pendant quatre merveilleuses années, donc c'est très triste de ne plus les avoir en lice.
 
- Quel regard portez-vous sur Groupama Team France ?
 
C'est génial que Franck Cammas ait réussi à monter ce projet. C'est un défi compliqué. La Coupe de l'America en France, c'est difficile, car elle n'a pas l'audience que l'on trouve ailleurs dans d'autres pays comme les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande ou l'Angleterre. C'est une épreuve difficile, c'est ingrat, on ne parle que du premier. Si tu fais 3e, t'es nul (rires). Quand tu vois la quantité de talents et de compétences nécessaires pour gagner cette Coupe de l'America, c'est phénoménal. Quand tu vois les Kiwis qui rentrent chez eux la tête basse, c'est difficile. C'est un challenge dur qui n'a pas une très bonne presse en France. J'espère que les Français vont réussi à faire de belles performances sur les World Series pour changer la perception des gens sur cette épreuve.
 
- Franchement, les Américains craignent-ils le défi français ?
 
Honnêtement, après le changement de règlement, les Italiens n'étaient pas contents mais je peux vous dire que ceux qui en pâtissent le plus, c'est nous. On avait une avance énorme en termes de design et de connaissances, on avait développé nos bateaux, on était les tenants du titre. Et là, on est passé sur des bateaux qui ont 90 % moins de design, plus petits donc plus simples à mettre en œuvre, beaucoup moins onéreux. Aujourd'hui, c'est la Coupe de l'America la plus ouverte pour un challenger. Je ne serais pas étonné qu'il y ait de grosses surprises. J'ai pu m'apercevoir des différences abyssales qu'il pouvait y avoir entre des équipes ayant gagné et des équipes qui pensaient avoir les moyens de gagner. Quand tu regardes un iceberg, tu ne vois que le haut mais tu ne sais pas ce qu'il y a en dessous. Aujourd'hui, notre savoir-faire est partagé parce que le bateau est One Design. Les seules différences vont être les systèmes de contrôle des ailes et les design des foils. Je suis persuadé que la Coupe va être extrêmement ouverte, qu'on aura des surprises. Donc, on craint tout le monde. On cherche à progresser.
 
- Ben Ainslie annonce qu'il va ramener la Cup en Angleterre : vous en pensez quoi ?
 
Ce serait génial pour lui (rires) mais ça ne m'excite pas des masses ! Il a construit sa campagne et son plan de financement sur le "retour de la Cup à la maison". C'est super bien joué mais je ne sais pas si beaucoup de monde a envie de naviguer dans le Solent, même au mois de juillet. Ce n'est pas l'endroit le plus excitant au monde.
 
- Les Kiwis ont viré Dean Barker et recruté une pépite, Peter Burling. Êtes-vous impressionné parce jeune barreur ?
 
C'est clair que c'est un des barreurs les plus talentueux de bateaux rapides que j'ai rencontré. Après, barrer un 49er et un bateau de 5 tonnes à 45 nœuds, avec la pression d'une équipe derrière, ce n'est pas pareil. Ce n'est pas le même match. Développer un bateau, animer des défriefings, comprendre le discours des ingénieurs... Des bons pilotes, il y en a plein en Formule 1 mais des gens qui font évoluer la voiture, c'est plus compliqué à trouver. La position de Peter est aujourd'hui idéale mais ils ont perdu beaucoup avec le départ de Dean Barker. Ils auraient gardé Dean en l'associant à Peter, je pense que l'efficacité aurait été plus importante. Dean Barker a trouvé son bonheur ailleurs. Il se régale dans son défi japonais.
 
- La folie foil est en train de toucher toutes les classes : pensez-vous que l'on peut encore aller plus loin dans le domaine du vol ? 
 
On est toujours à la recherche du mieux. Bientôt, on pourra naviguer avec des coques sèches pendant toute la régate. Les contrôles système ont beaucoup évolué. On voit des bateaux qui enfournent, en déséquilibre. Aujourd'hui, on peut avoir des foils qui permettent de voler tout le temps, sans toucher l'eau. Mais un foil plus instable va être plus performant en vitesse pure. Le challenge, c'est de trouver des foils très radicaux qui vont nous emmener à des vitesses très importantes et de parvenir à les contrôler. Si on n'y arrive pas, on sera obligé de faire des foils moins radicaux, plus versatiles.
 
- A Oman, ça n'a presque pas volé par manque de vent. Est-il possible d'avoir ce type de conditions aux Bermudes pour la Cup en 2017 ?
 
Ah oui. Aux Bermudes, les statistiques donnent 15 % de vent en dessous de 7 nœuds. Et je crois qu'on ne peut pas lancer une course en dessous de 7 nœuds aujourd'hui. Les bateaux ne sont pas du tout fait pour ça, ils doivent voler. A 8 nœuds, on vole au près et au portant.
 
 
- Philippe Presti coach du défi français, c'est possible ?
 
Tout est possible. Je serais ravi de pouvoir apporter ma pierre si les conditions sont réunies.
 
- Avez-vous été sollicité par d'autres teams ?
 
Oui. Sans plus de commentaires (rires).

© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/voile/coupe-de-l-america-philippe-presti-on-craint-tout-le-monde-06-05-2016-11058080.php#mXZF1DGR0uoM6Hzt.99